> La deuxième soirée invitait Les Temps Modernes

La deuxième soirée invitait Les Temps Modernes, un ensemble lyonnais défendant la musique d’aujourd’hui depuis bientôt 20 ans

« La deuxième soirée invitait Les Temps Modernes, un ensemble lyonnais défendant la musique d’aujourd’hui depuis bientôt 20 ans ; à sa tête, Fabrice Pierre – dont on connait la double casquette de harpiste et de chef – dirigeait un programme dense autant que cohérent qui incluait une création mondiale. Deux pièces de Tristan Murail, conçues pour la même formation dite « Pierrot Lunaire » (flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano) nous immergeaient dans un temps très lent mais toujours en devenir, où la matière sonore vivante et vibrante fait valoir le dégradé subtil de ses couleurs. Treize couleurs du soleil couchant (1978) joue sur la mutation progressive des complexes sonores comme une méditation en mouvement communiquant la sensation du fragile et de l’éphémère. La barque mystique – dont le titre est emprunté à la toile éponyme d’Odilon Redon est tout aussi captivante et mystérieuse sous la conduite très sûre de Fabrice Pierre et la fluidité du «pianorésonance» de Wilhem Latchoumia. Après Hysos pour flûte et percussions de Giacinto Scelsi – hommage au premier « explorateur du son » – Les Temps Modernes donnaient L’Harmonie des Sphères d’Allain Gaussin, une pièce saisissante par la trajectoire qu’elle décrit dans l’espace selon un processus de déploiement d’une matière sonore quasi minérale. La facture experte jouant sur l’alchimie des timbres et les fluctuations du temps maintient l’écoute captive jusqu’aux mouvements vibrillonnants des dernières mesures où l’auditeur doit se sentir « happé comme dans un trou noir ». Il était aussi question de temps, appréhendé selon ses diverses qualités, dans la création de Jean-Luc Hervé En mouvement. Ludique, inventive et d’une énergie galvanisante que font circuler les six interprètes très investis, la musique du compositeur nous invitait à un voyage en tapis volant variant sa vitesse de croisière et perturbé par quelques « trous d’air » mêlant à l’humour l’effet du saisissement. »

Michèle Tosi, ResMusica