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Diapason, avril 2007 – 5 diapasons

 

 

" Fixé en France depuis 1958, Ton-That Tiêt est toujours resté fidèle à ses racines vietnamiennes, ce qui lui permet de composer, avec une originalité inaltérable, une musique conforme aux critères esthétiques de l’avant-garde occidentale post-webernienne. Grands intervalles mélodiques, tension instrumentale, éclatement sonore, dissonances convenues, tout y est, et cependant il emmène l’auditeur dans un monde bien à lui, acéré, lumineux, d’une transparence cristalline caractéristique. Les longues tenues qu’il ménage à bon escient, les répétitions structurantes, la qualité acoustique invitent à une écoute fructueuse. Ton-That Tiêt possède un rare sens du timbre, de son éloquence, il excelle à créer et à entretenir un climat.

Les jardins d’autre monde (1987, pour harpe et petit ensemble) est une évocation des tombeaux-palais de quatre empereurs, l’un austère et majestueux, l’autre géométrique et mystique, le troisième presque anodin et le dernier un jardin plein de la vie de l’au-delà. Nulle description directe, seulement des équivalences musicales qui stimulent l’imagination.

La formation du trio à cordes ne réussit pas aussi bien au compositeur : Et le rivière chante l’éternité (2000) semble beaucoup personnel, presque académique. Tel n’est pas le cas des Poèmes (2004). Inspirée par des aphorismes de Li Po, cette partition pour flûte, alto, harpe et trois musiciens traditionnels (chant, luth, tambour) préenregistrés entend réaffirmer la communion de l’homme avec la nature ; elle y parvient à travers la fusion harmonieuse des deux cultures qui, tout en conservant leur cachet propre, s’interpénètrent fructueusement.

Pour cette musique très écrite, techniquement exigeante, il faut des interprètes impeccables et en phase avec sa dimension métaphysique. L’ensemble Les Temps Modernes, sous la direction taoïste de Fabrice Pierre, semble bien proche de l’idéal, et la prise de son y ajoute encore une présence sensible. "

Gérard Condé.